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La cystite interstitielle ou le syndrome de la vessie douloureuse

La cystite interstitielle ou le syndrome de la vessie douloureuse, est une maladie inflammatoire de la vessie qui se caractérise par des envies anormales d’uriner, des envies pressantes et fréquentes, et par des sérieuses douleurs dans le bas ventre et la vessie, au niveau de l’urètre, le canal qui transporte l’urine de la vessie vers l’extérieur. Chez les femmes, les douleurs peuvent être ressenties également au niveau du vagin, parfois accompagnées d’une difficulté à uriner. La sévérité des symptômes peut varier d’une personne à l’autre.

Une cystite interstitielle, c’est quoi ?

Tandis que la cystite « classique » est une inflammation de la vessie due à la présence de bactéries, et généralement traitée par des antibiotiques, la cystite interstitielle, elle n’est pas une infection urinaire bactérienne. C’est, en fait, une affection chronique c’est-à-dire qu’elle dure dans le temps et nous ne sommes pas en face d’une infection urinaire proprement dite.Elle n’est pas non plus comparable aux infections urinaires habituelles, car ses symptômes ne disparaissent pas après un traitement par antibiotiques.

Manifestation de la cystite interstitielle

La cystite interstitielle est très douloureuse et ses causes sont encore pratiquement méconnues.Les symptômes qui surviennent lors de crises se manifestent par une envie fréquente d’uriner. Le fait d’aller aux toilettes ne soulage presque pas le malade car l’envie d’uriner peut revenir quelques minutes, voire quelques secondes après la miction. Cette envie parfois constante d’uriner amène les malades à uriner plus de 8 fois par 24 heures, 16 fois en moyenne et jusqu’à 50 fois dans les cas sévères. Ce qui est particulièrement gênant pour leur vie sociale ! Cette envie d’uriner peut se manifester pendant la journée et même la nuit. En outre, le sujet perçoit des douleurs au niveau du bas-ventre, dans l’abdomen. Ces douleurs intermittentes ou persistantes s’amplifient quand la vessie est pleine. Elles sont souvent soulagées par le fait d’uriner. Des brûlures peuvent accompagner la miction.

Pollakiurie

Cette « pollakiurie » peut être le seul symptôme dans les cas peu sévères ou au début de la maladie. Dans la plupart des cas, il n’y que quelques gouttes parce que la vessie est vide même si les malades ont l’impression qu’elle est toujours pleine. Cependant, chez la plupart des patients, il n’y a jamais de fuites d’urine involontaires. Ce besoin d’uriner est presque tout le temps urgent, accompagné généralement de douleurs et de spasmes. Fréquemment, à mesure que la maladie évolue, on note une difficulté de plus en plus grande à uriner ou à vider sa vessie. Ceci est dû au fait que les muscles entourant l’urètre se développent trop et finissent par mal se relâcher, rendant la miction difficile.

Douleur importante

La douleur peut être très importante, et généralement, elle s’intensifie lorsque la vessie est pleine pour diminuer transitoirement après la miction. Elle ressemblerait à la manifestation d’une infection bactérienne mais en beaucoup plus violente. Elle peut être perçue comme une brûlure, sous forme de spasmes, avec une sensation de pression, ou comme des coups de poignard ou de lames de rasoir dans le vagin, la vessie et l’urètre. La douleur irradie le bas du ventre, au niveau de l’urètre, ou dans tout le bassin jusqu’à la partie inférieure du dos dans certains cas. Elle peut également être ressentie dans l’aine et dans les cuisses. Chez les femmes, la douleur peut se manifester dans le vagin et chez les hommes dans le pénis, les testicules, le scrotum et le périnée, et lors de l’éjaculation. Alors, les rapports sexuels sont douloureux pour environ 50% des patients.

Ces signes peuvent varier selon les cycles hormonaux de la femme : menstruations, grossesse.

cystite interstitielle infographie

Diagnostic de la cystite interstitielle

La cystite interstitielle est souvent diagnostiquée des années après le début de la maladie. Il arrive même qu’elle soit confondue avec d’autres pathologies aux symptômes similaires tels qu’une infection urinaire. Tout le monde peut être affecté bien que 90% des patients souffrant de cystite interstitielle sont des femmes. La maladie survient en moyenne entre 30 et 40 ans, et 25% des patients ont moins de 30 ans. Rarement, certains enfants peuvent présenter les symptômes de cette maladie, mais selon les critères officiels américains, le diagnostic ne devrait être porté que sur les patients de plus de 18 ans.

Du fait de cette possibilité de confusion avec d’autres affections, il est difficile de connaître le nombre exact de personnes atteintes. On se pencherait à dire que la statistique avancée serait probablement sous-diagnostiquée. La prévalence, ou le nombre de cas dans une population donnée à un moment précis, change selon les pays. En Europe, les estimations vont d’une personne atteinte sur 12 500 à une personne sur 1500. Aux Etats-Unis, la prévalence est estimée à un individu sur 1500 environ. Cette maladie peut toucher les personnes de toute origine, mais la prévalence serait plus importante dans les pays occidentaux et les pays nordiques.

Diagnostiquer une cystite interstitielle est à la fois difficile et long à établir. En tout cas, le risque d’infection est la première chose à écarter. Le médecin s’appuierait alors sur différents examens comme la cystoscopie et l’ hydro distension de la vessie.

La cystoscopie

Avec ou sans biopsie, la cystoscopie est un examen endoscopique qui permet d’étudier la paroi interne de la vessie sous anesthésie, pour délimiter et apprendre la taille de la lésion. Le cystoscope est un tube mince muni d’une petite caméra. Ce dispositif permet de détecter s’il y a ou non présence de saignements sur la muqueuse. Ces saignements sont présents dans la majorité des cas. Il est introduit via l’urètre. Selon les cas, les médecins jugent s’il faut pratiquer une biopsie, c’est-à-dire un petit prélèvement des tissus au niveau de la paroi dégradée. Une cystoscopie peut également déceler un ulcère de Hunner qui est une plaie caractéristique.

L’hydrodistension de la vessie est faite par le biais du chlorure de potassium qu’on fait pénétrer dans la vessie à l’aide d’un cathéter. Ce procédé permet de mesurer la quantité d’urine maximale que peut contenir la vessie et d’évaluer l’urgence d’uriner.

Les critères

Aux Etats-Unis, le National Institute of Health (NIH) a établi un protocole rassemblant divers critères diagnostiques. Cependant, élaboré dans les années 80, ce processus est souvent remis en question et est en cours de révision. Toutefois, pour le diagnostic de la cystite interstitielle, un des deux critères suivants doit obligatoirement être présent, visible dans la vessie lors de l’examen endoscopique laglomérulation de la muqueuse, l’ulcère de Hunner classique. Les glomérulations devraient être diffuses avec au moins 10 éléments par quadrant.

De même, un des deux symptômes suivants doit être présent des douleurs vésicales, des envies pressantes d’uriner.

Par contre, chaque critère suivant élimine le diagnostic de cystite interstitielle. Ce sont l’absence d’envie d’uriner après remplissage de la vessie à 150 ml ; la présence de contractions vésicales involontaires pendant le remplissage ; de symptômes depuis moins de 9 mois ; l’absence de mictions fréquentes la nuit, une pollakiurie diurne inférieure à 8 ; l’apparition de symptômes soulagés par les antimicrobiens, les anticholinergiques ou les antispasmodiques. De même, le diagnostic de cystite bactérienne ou de prostatite dans les trois mois ; la présence d’un calcul dans la vessie ou le bas uretère ; l’herpès génital en phase d’activité ; le cancer utérin, cervical, vaginal ou urétral ; l’infection vaginale ; une patiente de moins de 18 ans … permettent d’écarter le diagnostic de cystite interstitielle.

Causes de la cystite interstitielle

On ne connaît pas encore les causes de cette maladie. Pendant longtemps, on l’avait attribuée une origine psychologique, voire « hystérique ». Mais vue la grande variabilité dans l’intensité et la présentation des symptômes, beaucoup de chercheurs pensent que la cystite interstitielle regroupe plusieurs maladies dont les causes sont multiples.

L’altération de la perméabilité de la paroi vésicale

Une des hypothèses avancées propose l’altération de la perméabilité de la paroi vésicale. L’explication se base sur le fait que l’intérieur de la vessie est normalement tapissé par une couche de protéines (glycosaminoglycanes) sensée protégée la paroi des composants agressifs et toxiques de l’urine. Or cette couche protectrice est déficiente chez 70% des personnes atteintes de cystite interstitielle. Cette déficience se traduit par la perméable de cette protection. Les éléments toxiques, le potassium concentré par exemple, pourraient alors pénétrer la paroi de la vessie, provoquer une inflammation et provoquer la cystite interstitielle.

Le « facteur antiprolifératif »

D’un autre côté, les chercheurs ont isolé une substance appelée « facteur antiprolifératif » présente presque uniquement dans l’urine des patients atteints de cette maladie. L’hypothèse est que, chez ces patients, ce facteur pourrait empêcher la croissance de nouvelles cellules vésicales saines. Par conséquent, il entraverait le renouvellement de la paroi de la vessie.

L’hypersensibilité des nerfs et autres causes

D’autres études penchent pour un problème neurologique qui pourrait contribuer aux douleurs ressenties dans la cystite interstitielle.

Les autres hypothèses vont des mécanismes allergiques, auto-immuns, génétiques à la qualité de l’environnement. En effet, il semblerait que les cellules impliquées dans la réaction allergique des patients soient plus nombreuses, notamment dans la paroi vésicale. Quant à la composante auto-immune, elle base sur le fait que cette maladie est souvent associée à des maladies auto-immunes telles que la polyarthrite rhumatoïde ou le lupus érythémateux disséminé. En principe, une maladie auto-immune se manifeste quand les défenses immunitaires, qui normalement ne s’attaquent qu’aux éléments « extérieurs » (bactéries, virus…), se retournent contre les cellules mêmes de l’organisme et l’attaquent. L’organisme produit alors des anticorps nocifs appelés auto-anticorps qui conduisent à l’autodestruction de certains tissus et provoquent d’importantes réactions inflammatoires. Ces anticorps ont été retrouvés chez certains patients atteints de cystite interstitielle. Une infection virale ou bactérienne ancienne pourrait être à l’origine du dérèglement du système immunitaire.

Des facteurs génétiques

Il existe des chercheurs qui pensent que des facteurs génétiques pourraient également en être la cause. Il y a certaines personnes qui ont probablement une prédisposition génétique. Qu’elles ont des gènes qui les rendent plus vulnérables ou plus encore, à même de déclencher la maladie. Cette hypothèse est étayée par l’’existence de plusieurs familles présentant des cas de cystite interstitielle sur plusieurs générations.

Bref, les hypothèses sur les causes de la cystite interstitielle restent polémiques. Toutefois, il est fort possible que cette maladie soit d’origine multifactorielle.

Traitement de la cystite interstitielle

Comme avec beaucoup de maladies dont on ne connaît pas les causes exactes, il n’existe aucun traitement spécifique permettant de guérir la cystite interstitielle. Toutefois, plusieurs options thérapeutiques peuvent soulager les patients en réduisant les symptômes. Ces médicaments agiront principalement sur la douleur et l’inflammation, ainsi que directement sur la paroi irritée de la vessie pour la protéger.

Les antidouleurs et anti-inflammatoires

Les anti-inflammatoires ne contenant pas de cortisone, comme l’ibuprofène par exemple, ont la capacité de soulager les douleurs, mais ils sont peu suffisants et leur effet est rarement durable. Néanmoins, ils sont habituellement bien tolérés sauf qu’ils peuvent entraîner des effets secondaires indésirables tels que des troubles gastro-intestinaux sévères  comme la gastrite, l’hémorragie digestive, l’ulcère. Aussi, à titre de prévention, l’administration simultanée d’un médicament destiné à protéger l’estomac est donc nécessaire. En cas de traitements prolongés, des vertiges et acouphènes peuvent apparaître. Et chez des sujets à risque, une insuffisance rénale fonctionnelle peut survenir.

Quant aux antalgiques, ils peuvent être essayés sachant que chaque malade réagit différemment à chaque médicament. Par exemple, le paracétamol et les antalgiques opiacés, dérivés de la morphine, seraient efficaces, seuls ou en association avec d’autres antidouleurs. Si les douleurs sont très fortes, la morphine pourrait être recommandée. Si elle est prise avec discernement et à des doses adaptées, elle n’entraîne pas de réelle dépendance. Quant à ses effets secondaires, comme la  constipation, la somnolence et les vomissements, ils peuvent cesser après le début du traitement et ne sont pas forcément plus importants que ceux d’autres antidouleurs.

Les antidépresseurs tricycliques, tels que l’amitriptyline chlorhydrate, ont également une action sur la douleur s’ils sont administrés à des doses inférieures à celles utilisées pour traiter la dépression. Il en est de même pour les antispasmodiques qui atténuent les contractions musculaires douloureuses ou les anticonvulsivants qui agissent sur le système nerveux.

L’une des causes probables de la cystite interstitielle est l’allergie. Aussi, l’administration d’antihistaminiques pourrait être efficace, surtout chez les patients souffrant conjointement d’allergies avérées.

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